« L'AVIF est 30 % plus léger que le WebP. » Cette phrase se recopie partout, et elle repose presque toujours sur une comparaison fausse. Nous avons refait les mesures proprement, en corrigeant le biais que presque tous les comparatifs laissent passer. Le résultat est plus favorable à l'AVIF que ce qu'on lit d'habitude, sauf dans un cas précis où il fait exactement l'inverse de ce qu'on attend.
Le biais que tout le monde reproduit
Le protocole habituel est simple : on prend une image, on l'encode en WebP qualité 60, on l'encode en AVIF qualité 60, on compare les deux poids. C'est logique en apparence, et c'est faux.
Le curseur « qualité » n'est pas une unité. C'est un réglage interne, propre à chaque codec, qui n'engage aucune promesse commune. Rien ne garantit que « 60 » demande le même effort de fidélité à deux encodeurs différents. Pour le vérifier, nous avons mesuré la fidélité réelle des fichiers produits, avec le PSNR : un rapport signal/bruit exprimé en décibels, qui compare le fichier compressé à l'original pixel par pixel. Plus la valeur est haute, plus le fichier est proche de la source.
| Qualité demandée | Fidélité du WebP | Fidélité de l'AVIF | Écart |
|---|---|---|---|
| 40 | 41,25 dB | 44,40 dB | +3,15 dB |
| 60 | 42,84 dB | 46,03 dB | +3,19 dB |
| 80 | 44,94 dB | 47,07 dB | +2,12 dB |
| 90 | 47,30 dB | 47,19 dB | −0,11 dB |
Photographie de 1200 × 800 pixels, même fichier source, encodeurs libwebp et libavif via Pillow, réglages par défaut.
À « qualité 60 », l'AVIF ne livre pas la même image que le WebP : il livre une image sensiblement plus fidèle, de plus de trois décibels. Autrement dit, le comparatif classique demande à l'AVIF un travail plus exigeant, puis compare les poids comme si de rien n'était. Il le désavantage, et pourtant il conclut souvent en sa faveur. C'est dire l'ampleur de l'écart réel.
Remarquez aussi la dernière ligne : à qualité 90, l'avantage disparaît. Les deux codecs plafonnent au même endroit. Les comparatifs faits en haute qualité ne mesurent donc plus grand-chose.
La bonne méthode : aligner la fidélité, puis comparer les poids
La seule comparaison qui a du sens consiste à fixer la fidélité et à regarder ce que chaque codec facture pour l'atteindre. Nous avons donc encodé la photo en WebP qualité 60, mesuré sa fidélité, puis cherché la qualité AVIF qui atteint exactement la même valeur.
| Image | Encodage | Fidélité | Poids | Écart de poids |
|---|---|---|---|---|
| Photographie | WebP qualité 60 | 42,84 dB | 11,5 Ko | référence |
| AVIF qualité 28 | 42,83 dB | 5,2 Ko | 55 % plus léger | |
| Capture d'écran | WebP qualité 60 | 34,86 dB | 8,7 Ko | référence |
| AVIF qualité 39 | 34,83 dB | 5,5 Ko | 36 % plus léger |
Les fidélités sont alignées à moins de 0,03 dB près, un écart inaudible pour l'œil. La qualité AVIF a été cherchée par balayage de 20 à 95.
Pour obtenir la même image que le WebP, l'AVIF a besoin de son curseur à 28 au lieu de 60, et le fichier tombe à 5,2 Ko contre 11,5 Ko. Le gain réel est donc de 55 % sur une photographie, loin des 15 % que donnait la comparaison naïve à qualité 60. Sur une capture d'écran, riche en texte et en aplats, le gain est de 36 %.
Une précaution d'honnêteté : le PSNR est un indicateur mathématique, pas un œil humain. Il récompense le lissage, et l'AVIF lisse volontiers. Une évaluation visuelle, ou un indice plus perceptuel comme le SSIM, nuancerait sans doute un peu ces chiffres. Mais le biais que nous corrigeons ici, lui, est bien réel : il va dans un sens connu et il est massif.
Le cas où l'AVIF perd, et il perd beaucoup
Nous avons passé le même protocole sur un logo : un aplat de couleur, une forme simple, un fond transparent, 800 × 800 pixels. Le résultat inverse complètement la conclusion.
| Qualité | WebP | AVIF | Écart |
|---|---|---|---|
| 50 | 4,8 Ko | 7,6 Ko | 59 % plus lourd |
| 60 | 4,9 Ko | 8,2 Ko | 66 % plus lourd |
| 80 | 5,4 Ko | 9,7 Ko | 81 % plus lourd |
Deux raisons à cela. D'abord, un fichier AVIF est un conteneur dérivé du format vidéo HEIF, avec une structure d'en-têtes incompressible de quelques centaines d'octets. Sur une image de 300 Ko, ce poids fixe est invisible. Sur un fichier de 5 Ko, il pèse lourd. Ensuite, la transparence est encodée comme un plan d'image séparé, en niveaux de gris, avec son propre coût de départ. Sur un logo dont le contenu visuel se résume à un disque et une barre, ce coût de structure dépasse le contenu lui-même.
Le détail utile : sur ce logo, notre propre convertisseur ne produit même pas de WebP. Le PNG source pesait 4,8 Ko, l'encodage WebP en aurait rendu 4,9 Ko, donc l'outil renvoie le fichier d'origine intact plutôt qu'une version plus lourde. Pour les images graphiques simples, le PNG est souvent déjà le bon format, et le réflexe de tout convertir est contre productif. C'est le même raisonnement qui condamne l'AVIF sur cette catégorie d'images.
Et la vitesse d'encodage ?
L'AVIF a la réputation d'être lent à produire. Nous avons chronométré, sur la même machine, cinq encodages de la même photographie.
| Format | Temps moyen |
|---|---|
| JPEG qualité 80 | 4 ms |
| AVIF qualité 60 | 138 ms |
| WebP qualité 60 | 223 ms |
Contre toute attente, l'AVIF a été plus rapide que le WebP. Il faut lire ce résultat avec prudence : il ne dit rien des formats en eux-mêmes, seulement des réglages par défaut des deux bibliothèques sur cette machine. Chaque encodeur expose un curseur d'effort, et c'est lui qui dicte le temps, bien plus que le format. La seule conclusion solide est que les deux coûtent trente à cinquante fois plus cher qu'un JPEG, et que ni l'un ni l'autre n'est gratuit à produire en série.
Le critère qui tranche en pratique : la compatibilité
Les deux formats sont aujourd'hui très largement lus, mais pas avec la même profondeur d'historique.
| WebP | AVIF | |
|---|---|---|
| Couverture mondiale | 97,32 % | 96,71 % |
| Chrome | depuis la version 32 | depuis la version 85 |
| Firefox | depuis la version 65 | depuis la version 93 |
| Safari | depuis la version 16.0 | depuis la version 16.4 |
| Edge | depuis la version 18 | depuis la version 121 |
Données de couverture relevées sur Can I Use en novembre 2026.
L'écart de couverture est faible, moins d'un point. Mais le WebP est lu depuis bien plus
longtemps, et surtout Edge ne lit l'AVIF que depuis sa version 121, sortie début 2024. Un
parc d'ordinateurs d'entreprise peu mis à jour peut encore buter dessus. En pratique, servir
de l'AVIF demande donc de prévoir une solution de repli, avec une balise
<picture> qui propose l'AVIF puis le WebP puis le JPEG. C'est deux à trois
fichiers à produire et à stocker pour chaque image, au lieu d'un.
Que choisir, concrètement
Des photographies lourdes, en volume, sur un site dont vous maîtrisez le code : l'AVIF vaut le détour. Un gain de 55 % sur des images qui pèsent déjà plusieurs centaines de kilo-octets se voit immédiatement sur le temps de chargement, et justifie le travail de la balise de repli.
Des logos, pictogrammes, captures d'interface, images à fond transparent : n'y touchez pas. L'AVIF alourdira vos fichiers, parfois du double. Le PNG, ou le WebP quand il fait réellement mieux, reste le bon choix.
Un site que vous ne voulez pas compliquer, ou une bibliothèque d'images à alléger une fois pour toutes : le WebP. Un seul fichier par image, lu partout, aucune balise de repli à maintenir, et l'essentiel du gain déjà acquis par rapport au JPEG et au PNG d'origine.
C'est la raison pour laquelle notre convertisseur produit du WebP et du PNG, et pas de l'AVIF. Le gain AVIF n'existe que si vous servez une solution de repli à côté, ce qui sort du cadre d'un fichier qu'on télécharge et qu'on dépose tel quel sur un site. Et sur toute une catégorie d'images, il irait à l'encontre du but recherché.
Ce qu'il faut retenir
- Comparer deux codecs « à qualité égale » ne veut rien dire : à qualité 60, l'AVIF rend 3,19 dB de fidélité en plus que le WebP, donc pas la même image.
- À fidélité réellement alignée, l'AVIF est 55 % plus léger sur une photographie et 36 % sur une capture d'écran, bien plus que les chiffres habituellement cités.
- Sur un petit logo à fond transparent, l'AVIF est 66 % plus lourd que le WebP, à cause de son conteneur et de son plan de transparence séparé.
- Le temps d'encodage dépend des réglages de l'encodeur, pas du format : ne vous fiez à aucun chiffre sur ce point, mesurez le vôtre.
- La compatibilité départage : 97,32 % pour le WebP contre 96,71 % pour l'AVIF, et l'AVIF exige une solution de repli qui triple le nombre de fichiers à gérer.