Vous utilisez probablement des images WebP chaque jour sans le savoir. Ce format discret s'est glissé partout : YouTube, Google Images, la quasi-totalité des sites modernes. Pourtant, peu de gens savent d'où il vient, pourquoi il a été créé, et par quel chemin tortueux il est devenu le standard du web. Voici son histoire.

2010 : Google rachète une petite boîte de compression vidéo

L'histoire commence en 2009, quand Google rachète On2 Technologies pour 106,5 millions de dollars. On2, c'est une société américaine spécialisée dans la compression vidéo, connue pour son codec VP8 — une alternative libre au H.264, à l'époque quasi-monopolistique dans la vidéo en ligne.

L'acquisition intrigue le marché. Google n'a pas besoin d'un codec vidéo obscur pour gagner de l'argent. Ce que Google veut, en réalité, c'est la technologie sous-jacente : les algorithmes de compression de VP8 sont suffisamment bons pour être adaptés aux images fixes. Et c'est exactement ce que ses ingénieurs vont faire.

En septembre 2010, Google annonce officiellement WebP. Le principe est simple sur le papier : prendre les techniques de compression inter-images issues de VP8 et les appliquer à des images fixes. Résultat annoncé : des fichiers 25 à 34% plus légers que le JPEG pour une qualité visuelle identique.

Pourquoi le web avait besoin de WebP

Pour comprendre pourquoi Google a investi autant dans ce projet, il faut se replacer dans le contexte du début des années 2010. Le JPEG avait alors 20 ans d'existence. Conçu en 1992, il n'avait jamais vraiment été pensé pour le web tel qu'il allait devenir : des pages bourrées de photos, consultées sur des connexions mobiles parfois très lentes.

Le PNG, lui, offrait la transparence et une qualité parfaite, mais à un coût prohibitif en termes de poids. Un logo PNG pouvait facilement peser 10 fois plus que son équivalent en JPEG. Pour les illustrations et icônes, c'était acceptable. Pour les photos, c'était impensable.

Google avait une raison très concrète de vouloir des images plus légères : chaque octet économisé sur une page web se traduit directement en temps de chargement, en satisfaction utilisateur, et in fine en revenus publicitaires. En 2010, Google analysait déjà que la vitesse de chargement impactait directement le taux de clics. Un format d'image 30% plus léger, c'est des millions de dollars d'infrastructure économisés à l'échelle de YouTube et Google Images.

Les premières années : un format qui peine à convaincre

L'annonce de 2010 ne provoque pas d'enthousiasme universel. Loin de là.

Le premier problème, c'est le support navigateur. En 2010, seul Chrome gère WebP nativement. Firefox, Safari, Internet Explorer et Opera ne bougent pas. Pour les développeurs web, adopter un format que 80% des navigateurs ignorent n'a aucun sens. On se retrouve dans un cercle vicieux classique : pas de support = pas d'adoption, pas d'adoption = pas de pression pour le support.

Le deuxième problème, c'est technique. La version initiale de WebP ne supporte pas la transparence (canal alpha). C'est un manque rédhibitoire : sans transparence, WebP ne peut pas remplacer le PNG pour les logos et icônes. Google le corrige en 2011 avec WebP lossless, qui apporte la compression sans perte et le support du canal alpha. En 2012 arrive le support des animations. Le format devient enfin complet.

Mais les navigateurs ne suivent toujours pas.

Le long combat pour l'adoption universelle

Mozilla intègre WebP dans Firefox en 2019, neuf ans après l'annonce initiale. Neuf ans. Pour un format développé par la société la plus influente du web, c'est un délai qui en dit long sur les résistances à l'époque.

Mais la vraie bataille, c'est celle contre Apple. Safari, le navigateur du second système d'exploitation mobile mondial, ignore délibérément WebP pendant dix ans. Les raisons exactes n'ont jamais été officiellement communiquées par Apple, mais les hypothèses vont de l'indépendance technologique volontaire vis-à-vis de Google aux préoccupations liées à la propriété intellectuelle du codec VP8.

Ce n'est qu'en septembre 2020, avec la sortie de Safari 14, qu'Apple intègre enfin WebP. Cette date est un tournant. D'un coup, le format passe de "pas encore universel" à "compatible avec la quasi-totalité des appareils en circulation". En 2026, le support dépasse 97% des navigateurs mondiaux.

Comment fonctionne WebP, concrètement ?

Sans rentrer dans les mathématiques, la compression WebP repose sur une technique héritée de la vidéo : la prédiction inter-blocs. Plutôt que d'encoder chaque pixel indépendamment, l'algorithme analyse les zones voisines et prédit la couleur probable d'un bloc à partir de ce qui l'entoure. Seule la différence entre la prédiction et la réalité est stockée — et cette différence est souvent très petite.

En mode lossy (compression avec perte, comme le JPEG), WebP supprime les détails visuels que l'œil humain détecte le moins. À qualité visuelle identique, le fichier est systématiquement plus léger.

En mode lossless (sans perte, comme le PNG), WebP utilise des transformations mathématiques complexes pour réduire la redondance sans jamais altérer un seul pixel. Les résultats sont là aussi : 26% plus léger que PNG en moyenne selon les études publiées par Google.

Si vous voulez comparer les trois formats en détail, formats et cas d'usage, notre article WebP vs JPG vs PNG fait le point avec un tableau comparatif complet.

WebP et le SEO : quand Google juge les sites sur leurs images

L'histoire de WebP prend un tournant décisif en 2021, quand Google intègre les Core Web Vitals dans son algorithme de ranking. Parmi ces métriques, le LCP (Largest Contentful Paint) mesure directement la vitesse d'affichage de l'image principale d'une page. Une image lourde = un LCP dégradé = un signal négatif pour le classement.

À partir de là, adopter WebP n'est plus seulement une bonne pratique de développement. C'est une décision SEO. Google PageSpeed Insights commence à recommander explicitement le format WebP dans ses audits. Les agences SEO intègrent la conversion d'images à leurs prestations standard. Ce que peu de gens savent, c'est que convertir ses images en WebP peut améliorer significativement son LCP et donc son positionnement Google.

Pour un propriétaire de site, la bonne nouvelle c'est que la conversion est devenue triviale. Notre outil de conversion WebP gratuit traite vos JPG et PNG en quelques secondes, sans inscription et sans installation.

2026 : WebP est partout, et ce n'est que le début

Aujourd'hui, WebP est devenu aussi standard que le JPEG l'était dans les années 2000. YouTube sert ses miniatures en WebP. Google Images affiche du WebP. La majorité des CMS modernes (WordPress depuis la version 5.8, Shopify, Webflow) génèrent du WebP automatiquement ou sur demande.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Google a déjà lancé AVIF, le successeur potentiel de WebP, basé cette fois sur le codec AV1. AVIF promet encore 30 à 50% de gains supplémentaires par rapport au WebP. Il est déjà supporté par Chrome et Firefox, mais pas encore par tous les navigateurs, et les temps d'encodage restent élevés.

Le scénario ressemble à s'y méprendre aux débuts de WebP en 2010 : une technologie prometteuse, un support navigateur encore partiel, et une adoption prudente. Peut-être que dans dix ans, on écrira l'histoire d'AVIF de la même façon.

Pour l'heure, WebP reste le meilleur compromis entre compression, qualité et compatibilité universelle. C'est le format que vous devriez utiliser pour toutes vos images web en 2026, sans exception.

Ce qu'on retient de 15 ans de WebP

L'histoire du WebP illustre quelque chose d'intéressant sur l'évolution des standards du web : les meilleures technologies ne s'imposent pas automatiquement. Elles ont besoin de temps, de pression des acteurs dominants, et parfois d'une décision d'Apple pour vraiment décoller.

En 15 ans, WebP est passé d'un projet d'ingénieurs Google à l'épine dorsale invisible du web visuel mondial. Vos images sont probablement déjà en WebP quelque part sans que vous le sachiez. Si ce n'est pas encore le cas sur votre site, c'est le bon moment pour corriger ça gratuitement.